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D’un fait divers anonyme à une vraie disparition

Le vendredi 12 mai 2023, par Michel Guironnet

Un article de « La Petite Gironde » du 8 mai 1891 relate le vacarme fait chez un aubergiste d’Aignan, dans le Gers, par « Joseph G…, originaire de Condrieu (Rhône), serrurier-mécanicien » âgé de 45 ans. Ce simple fait divers anonyme a retenu notre attention.
Pour connaitre son identité, il faudrait chercher une amende infligée à ce Joseph G à la suite de son arrestation, voire une condamnation dans les dossiers de la justice aux archives du Gers... Loin d’être facile ! Essayons une autre piste.
Notre enquête va déboucher sur une véritable disparition...

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"La Petite Gironde" du 8 mai 1891

« A la Compagnie des chemins de fer du Midi »

L’article dit que Joseph G travaillait « ces temps derniers au chemin de fer en construction de Fustérouau » et a été « renvoyé par son patron le 1er mai ». « Pour se consoler, il fit un brin de noce et avant-hier, ayant bu plus que de raison », il insulte les gendarmes venus l’arrêter. Ces faits se sont passés le 5 mai.

Joseph travaille donc "au chemin de fer en construction". Cette future ligne doit rejoindre Condom à Riscle. Elle est concédée pour la construction de la section comprise entre Eauze et Riscle en 1875. Fustérouau sera une des gares sur ce parcours. Encore en travaux en 1891, cette ligne sera ouverte à l’exploitation le 10 décembre 1893.

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Fustérouau est situé sous la lettre G du mot Gers.
Sur Gallica : "Carte du réseau des chemins de fer du Midi" [1]

Peut-on retrouver ce Joseph G ?

A Condrieu, dans le registre des naissances entre 1845 et 1847, il n’y a qu’un seul Joseph dont le nom de famille commence par un G : Joseph Etienne Giraud, né le 3 décembre 1845, fils d’Etienne Giraud, serrurier de 34 ans, et de Rose Lentillon [2].

En 1856, la famille Giraud est recensée « rue Saint Martin » à Condrieu, une petite rue tout près de la place du Marché [3].

Rose Lentillon, la mère de Joseph, est native de Saint Michel sur Rhône, petit village sur les hauteurs de Condrieu. Le 17 août 1871, elle meurt à 52 ans à son domicile « rue Saint Martin » à Condrieu.

Dans le recensement de 1872, Joseph est indiqué « en voyage ». Le 5 février 1873, à Condrieu ; Jean Jules, son frère « ouvrier serrurier », épouse Caroline Béyégaz [4]. Dans l’acte de mariage, rien ne dit que Joseph Etienne est présent...ni l’inverse !

Le 2 mars 1878, son père Etienne Giraud meurt à Condrieu. Joseph, « mécanicien », est présent avec son frère pour déclarer le décès. Il habite alors « Lyon Vaise »

Marié et jeune père

Deux ans plus tôt, le 14 juin 1876, Joseph, domicilié au au 60 rue de la Claire, à Lyon a épousé, à la mairie du 5e arrondissement de Lyon, Pierrette Julie Fromont, 21 ans, sa voisine du 45 rue de la Claire, venue avec ses parents de Bourg en Bresse [5] où elle est née le 14 novembre 1855, rue Mercière.

Lors de son mariage, Joseph Giraud est « Chauffeur à la Compagnie du Chemin de Fer Paris Lyon Méditerranée » (le fameux P.L.M) [6].

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Les signatures au bas de l’acte

Dans le recensement de 1876, nous retrouvons le jeune couple au 56 rue de la Claire.. En 1879, le 14 mai, à cette même adresse, nait Marthe Jeanne, leur fille. Joseph est « chauffeur ».
A noter que Simon Fromont, 53 ans, le « grand-père de l’enfant », est « employé au chemin de fer » alors qu’il était « cordonnier » au mariage de sa fille. Ces deux indications ne sont pas incompatibles !

Dans le recensement de 1881, au 56 rue de la Claire, est mentionné le couple avec leur petite fille. Simon Philippe Fromont et Jeanne Marie Michel, les parents de Pierrette Julie, eux, sont toujours au numéro 45 de cette rue. Est-ce à dire que, de 1876 à 1881, le couple nage dans le bonheur ?

Disparition et divorce

En 1898, le 18 février, est retranscrit dans les registres des mariages le divorce de Joseph Giraud et de Julie Fromont. Il date en fait d’un an auparavant, du 17 février 1897 par jugement du Tribunal civil de Lyon.

Pierrette Julie Fromont est "femme de chambre, demeurant à la Préfecture de Mâcon" . Peut-être s’est-elle réfugiée dans sa famille ? Rappelons qu’elle est native de Bourg en Bresse, pas si loin de Mâcon.
Pour défendre ses droits, elle a obtenu l’assistance judiciaire de Maître Chapuis le 19 juin 1895.

"Le Sieur Etienne Joseph Giraud, demeurant autrefois à Lyon Vaise, rue de la Claire 60, actuellement sans domicile ni résidence connus, défendeur défaillant faute de constitution d’avoué...", ne s’est pas présenté à l’audience ni fait représenter pour sa défense.

Le divorce est prononcé "aux torts et griefs du mari". La communauté "ayant existé entre les époux Giraud" est liquidée.
Le juge "confie la garde de d’enfant à la mère et condamne Giraud à payer à sa femme, tant pour elle que pour son enfant, une pension de vingt-cinq francs par mois, payable d’avance mensuellement"
Un huissier est mandaté pour lui signifier ce jugement. A t-il pu retrouver Etienne Joseph ?

La petite Jeanne...

En 1886, Simon Philippe ayant 60 ans, les parents Fromont ont quitté le quartier de Vaise. Ils sont maintenant à Chessy les Mines, au nord-ouest de Lyon, dans la vallée de l’Azergues. Simon est "rentier", c’est-à-dire qu’il est retraité ! Avec eux vit leur fille Clémentine, 23 ans...Jeanne Giraud, leur petite fille de 7 ans, est hébergée chez eux.

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En 1886 à Chessy les Mines
Recensement aux archives départementales du Rhône

Vers 1890-1891, les époux Fromont sont retournés habiter à Bourg en Bresse. Dans le recensement de 1891, ils sont domiciliés au 45 rue des Potiers...Simon est redevenu cordonnier...et Jeanne habite toujours avec eux [7]

C’est là que le 21 juin 1892 meurt Simon Philippe, le grand-père, 65 ans, cordonnier. En 1901, Jeanne Marie Michel habite au 75 rue Charles Robin. Elle décède à 72 ans au N° 77 de cette rue le 7 janvier 1903.

Le 21 avril 1900, Marthe Jeanne Giraud se marie à Paris 15e avec Henri Pierre Barthélémy, « contrôleur des Mines » né le 19 juin 1872 à Saint Germain en Laye. Elle est "domiciliée à Angers (Maine et Loire) avec sa mère , fille mineure de Joseph Etienne Giraud, disparu, et de Pierrette Julie Fromont,...ici présente et consentante"
Marthe a eu besoin de présenter un acte de notoriété du juge de paix du 5e canton de Lyon, rédigé le 14 avril précédent, "constatant la disparition du père de la future". Leur fille Marguerite nait à Vesoul le 14 avril 1901 [8].

Lyon, Mâcon, Angers ! La mère et sa fille changent de domicile, probablement pour des raisons professionnelles.

Et Joseph Etienne ?

Et pendant ce temps, que devient Joseph Etienne ? Il n’y a rien dans les recensements de Fustérouau et d’Aignan pour 1891. Il habite peut-être un petit village du Gers...ou ailleurs !

Dans "La Dépêche" du 17 avril 1894, un article parle de "Joseph Giraud...48 ans...originaire de la cité lyonnaise" [9]. Ce doit bien être "notre homme" !
La Dépêche 17 avril 1894


[1Établissement géographique Erhard frères. (1910)
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40610796h
Identifiant : ark :/12148/btv1b8445260p Source : Bibliothèque nationale de France

[2Ils se sont mariés à Condrieu le 18 février 1841. Joseph a un frère aîné, Jean Jules, né le 6 février 1842 et une sœur cadette, Marie Claudine Françoise, née elle aussi le 3 décembre mais en 1847. Le 14 juin 1873, Marie Claudine, lingère, décède à 25 ans à Condrieu. Le 18 septembre 1880, Jean Jules ; domicilié place du Marché à Condrieu ; meurt à son domicile à 38 ans.

[3A noter : les parents hébergent Claudine Giraud, 83 ans, la vieille tante paternelle d’Etienne. Claudine meurt célibataire « rue Saint Martin » à 94 ans le 12 janvier 1870.

[4Née à Valence le 16 octobre 1850.

[5Simon Philippe Fromont, né le 27 juillet 1826 à Bourg en Bresse, a épousé, le 24 janvier 1855 à Bourg, Jeanne Marie Michel, née le 10 novembre 1830 à Treffort (Ain). Pierrette Julie aura une soeur, Clémentine, née à Lyon le 29 juin 1861. Leurs parents habitent alors 168 avenue de Saxe dans le 3e arrondissement. Son père est alors "cordonnier", sa mère est "piqueuse de bottines". Dans le recensement de cette année-là, il y a avec eux "Auguste Fromont", leur fils de 3 ans. C’est la seule fois où il est mentionné : sa naissance (à Bourg ou à Lyon ?) est introuvable de même que son décès.
En 1866, ils sont au 7 "rue du Marché" à Vaise. Simon Philippe travaille au "chemin de fer", Jeanne Marie est couturière. Ils ne sont recensés au 45 rue de la Claire qu’en 1881 : entre 1866 et 1876, mariage de leur fille, ils sont introuvables sur Lyon.

[6Les futurs époux ont passé leur contrat de mariage le 22 mai 1876 chez Maitre Claude Vachez, notaire à Lyon (3E 19921 aux Archives du Rhône.)

[8Les différentes affectations d’Henri Pierre Barthélémy se retrouvent grâce à ses adresses sur sa fiche matricule (classe 1892 Yvelines) : 16 janvier 1901, 3 rue du Palais à Vesoul ; 18 août 1904 à Flers (Orne) ; 21 juin 1912, à Evreux (Eure).
Il est nommé sous ingénieur des mines en janvier 1918. Domicilié 40 bis rue du Puits Carré, il décède le 13 novembre 1918, « à 7 heures du matin » Place de l’Hôtel de Ville à Evreux. Aux archives nationales existe le dossier de BARTHELEMY (Henri Pierre) : F/14/19253.

[9Article repris mot pour mot, sans le titre, le lendemain dans "L’Indépendant des Basses Pyrénées"

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13 Messages

  • D’un fait divers anonyme à une vraie disparition 12 mai 2023 10:47, par Christine Luxemburger

    Merci et bravo pour cet article bien documenté.
    Je travaille sur des généalogies perso et d’amis essentiellement dans la région Rhône-Alpes et je suis surprise de trouver beaucoup de mention "disparu" "ne sait pas où il habite" ou "décédé à une date et en un lieu inconnu" en référence au père lors des mariages

    Répondre à ce message

  • D’un fait divers anonyme à une vraie disparition 12 mai 2023 11:02, par martine hautot

    Belle recherche ,reste à trouver son décès ! quelque part en France ou plus loin encore ...Certains hommes avaient la bougeotte

    Répondre à ce message

  • D’un fait divers anonyme à une vraie disparition 13 mai 2023 08:26, par Sonia Landgrebe

    Bonjour Michel,
    Bravo pour tout ce que vous avez pu reconstituer à partir d’un simple article de faits divers, sur ce personnage que l’on imagine haut en couleur !
    Comme d’autres lecteurs je pense, j’aurais été curieuse de connaître la fin de son existence. Peut-être grâce aux registres des écrous ? ...
    Cordialement,
    Sonia

    Répondre à ce message

    • D’un fait divers anonyme à une vraie disparition 13 mai 2023 08:57, par Michel Guironnet

      Merci Sonia pour vos éloges.
      Comme vous, et Martine Hautot, je voudrais bien savoir ce qu’il est devenu. Ce n’est pas faute d’avoir chercher dans les ressources en ligne.
      Les archives du Gers peuvent détenir la fin de cette vie aventureuse. Il faudrait que j’aille sur place...Mais, comme beaucoup, j’ai plusieurs recherches en cours concernant "mon coin de France". Je privilégie les dépôts d’archives les plus proches !
      Si un lecteur du sud-ouest se porte volontaire, je suis preneur.

      Cordialement.
      Michel Guironnet

      Répondre à ce message

  • D’un fait divers anonyme à une vraie disparition 13 mai 2023 13:44, par catherine marquet

    Bonjour,

    Article très intéressant et bien documenté , comme d’habitude, avec une petite pointe d’humour 🙂 .

    Répondre à ce message

  • D’un fait divers anonyme à une vraie disparition 14 mai 2023 17:39, par Dominique Grubis-Brun

    Sur le journal de Montelimar du 24 juin 1893 p.3
    "A une dernière audience, le légendaire Giraud a été condamné à quatre mois de prison pour grivèlerie. C’est sa 52e condamnation : la 51e (3 mois de prison) avait été aussi prononcée pour le même fait par notre tribunal, le 1er mars. A peine sorti de prison, Giraud prend le moyen de s’y faire remettre. Un vrai rentier de l’Etat !"
    Est ce Joseph ?? peut être une piste ...

    Répondre à ce message

    • D’un fait divers anonyme à une vraie disparition 15 mai 2023 07:16, par Michel Guironnet

      Merci Dominique pour cette piste à exploiter.
      Je vais de ce pas lire cet article de 1893 !
      A suivre...
      Michel

      Répondre à ce message

      • D’un fait divers anonyme à une vraie disparition 15 mai 2023 07:58, par Michel Guironnet

        Re Bonjour,

        Ce n’est pas "notre" Joseph !
        Ce Giraud là s’appelle Vincent et a 62 ans en 1893 ; il semble être originaire de Rampont en Ardèche.
        Voir l’article dans le Journal de Montélimar du 11 mars 1893 : " C’est vraiment un type à connaître que le prévenu Vincent Giraud !
        Le bonhomme est âgé de 62 ans, mais comme il a passé 40 ans de sa vie dans les prisons, où il paraît ne pas avoir trop pâti, il a conservé cet air de fraîcheur que l’on ne trouve point d’habitude sur les physionomies des révoltés contre la société.../...L’inculpé dort sous ses 51 condamnations, comme d’autres dorment sous leurs lauriers, à telles enseignes qu’il ne se souvient plus d’avoir moissonné tant de mauvaises gerbes sur le chemin de sa vie, et il paraît tout consterné de son manque de mémoire sur ce point.

        A suivre...
        Michel Guironnet

        Répondre à ce message

        • D’un fait divers anonyme à une vraie disparition 17 mai 2023 12:30, par Jacques Lorphelin

          Cette piste n’est pas à écarter a priori.
          Ne vous fiez pas trop aux détails rapportés par le journaliste qui lui-même les a entendu (ou cru entendre) à l’audience où il a pu les noter de façon erronés.
          J’ai déjà eu un cas dans ma généalogie où un ancêtre, plusieurs fois arrêté pour vagabondage (c’était un délit à l’époque), s’est vu attribuer différentes identités (erreur dans l’orthographe du nom, erreur de prénom et de lieu de naissance par exemple) par les différents journalistes qui se sont intéressé à ses pérégrinations, arrestations et condamnations successives.
          Je reste donc persuadé pour ma part qu’il s’agit bien de la même personne. Un cursus pareil concernant deux individus portant le même nom ne peut pas être qu’une simple coïncidence.
          Pas étonnant que le journaliste, s’il s’est effectivement trompé de 10 ans dans son âge, ait trouvé qu’il était "frais" malgré ses nombreux séjours en prison !
          Jacques

          Répondre à ce message

          • D’un fait divers anonyme à une vraie disparition 18 mai 2023 07:34, par Michel Guironnet

            Bonjour Jacques,

            Merci pour votre intéressant commentaire.

            Il y a bien un (Louis) Vincent Giraud qui nait à Rompon en Ardèche le 20 mai 1831, fils d’un autre Vincent (ou Louis Vincent selon les actes) et d’Anne Virginie Fumat.
            Il se marie à Rompon le 24 avril 1865 avec Anne Touloumet.
            Que devient il après ? Je ne le sais pas (pour l’instant !)

            Il se peut que ce soit le "fameux" Giraud de Montélimar et non "notre" Joseph Giraud natif de Condrieu.

            Cordialement.
            Michel Guironnet

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            • D’un fait divers anonyme à une vraie disparition 18 mai 2023 09:12, par Michel Guironnet

              Re Bonjour,
              Suite et fin des recherches sur Louis Vincent Giraud de Rompon :
              Anne Touloumet, son épouse, meurt à La Voulte le 6 octobre 1870. C’est lui qui déclare le décès en mairie. Il est cultivateur.
              Il se remarie en 1871 avec Marie Bénigne Dervieux, domiciliée à Livron (Drôme), née le 28 mai 1836 de parents inconnus à Lyon.
              Louis Vincent Giraud meurt à Privas le 28 juin 1894. Il est indiqué "sans domicile fixe" sur l’acte de décès.
              Marie Bénigne Dervieux décède à Livron le 23 avril 1906. Dans le Journal Officiel du 11 juin 1907, il est fait état d’un jugement du tribunal de Valence (Drôme) disant qu’elle est veuve et morte sans héritier.

              Voilà qui confirme l’identité du "fameux Giraud" des journaux de 1893...Le devenir de Joseph Giraud est lui toujours à découvrir !

              A suivre...
              Michel Guironnet

              Répondre à ce message

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